France > Maroc 2014

2 mois, 4000 km, partant de chez moi, pour aller découvrir le Maroc, en passant par l'Espagne.

Re-voyager ? Voyager seul ?

OCTOBRE 2014

Ce voyage est terminé. “There is a time for experience, there is a time for conclusions”, je chante dans ma dernière chanson. Alors, les conclusions ?

Quelques chiffres, pour commencer :

  • 63 jours de voyage dont 18 sans rouler
  • 3950 km en deux mois, donc une moyenne de 87km les jours où j’ai roulé
  • Minimum : 30 km, maximum 150 km.
  • Altitude maximum atteinte : 2900m. Dénivelée maximum dans une journée : 1500m

Bon.

Ce voyage est passé. Je n’ai pas un fait UN grand voyage à vélo en 2012, j’ai fait DES voyages, et il y en aura d’autres. Je confirme ce que je concluais déjà de retour d’Australie, qu’il est important de repartir régulièrement, comme des breaks de vie. Des petits bouts de vie, plus ou moins longs intercalés dans l’autre vie. Chacun apportera une nouvelle expérience, un angle différent, et de nouvelles conclusions car entre temps on a évolué, et repart fort de l’expérience des voyages précédents. Car oui, l’expérience s’accumule, et permet d’explorer de nouveaux domaines du voyage. Par exemple, cet été, et grâce au voyage 2012, il n’était plus question d’appréhender des questions de matériel, de mécanique, de supporter la chaleur des pays désertiques, de kilomètres journaliers, de la manière dont chercher un lieu où dormir, de communiquer sans connaître la langue. J’étais mûr pour tenter du nouveau : le voyage en solo seul sur plusieurs mois. Plus de compagnon de voyage.

En préparation du voyage 2012, je ne concevais pas de partir seul. Peur de la solitude, peur du danger, de l’inconnu, et peur de n’avoir personne avec qui partager. Alors  ? Ce fut excellent. En fait, ce n’est vraiment pas si différent du voyage à deux, car, essayez de me comprendre, quand on voyage à deux, on est seul à deux face à l’inconnu. Tous les deux on forme une entité seule. Bien qu’on puisse discuter entre nous, devant nous reste toujours l’inconnu, qu’on soit seul ou deux, une galère reste une galère, un spot pourri reste un spot pourri, qu’on soit seul ou deux, il faut trouver des solutions, et prendre des décisions. Finalement les émotions sont les mêmes. En revanche il y a eu des premières fois, notamment mes premiers campings sauvage seul, où j’ai remarqué que les peurs intérieures agissent plus que lorsqu’on est deux. Voilà ce qui était à affronter, seul avec ma tente : peur des orages (toujours), peur d’une mauvaise rencontre, peur des animaux sauvages, ou encore, sur la route peur d’être bloqué dans le désert sans village à 100 km à la ronde. Les peurs restent des peurs, non réelles. A force de ne jamais se réaliser, certaines s’effacent, comme la peur que l’on vole mon vélo dans un village. D’autres restent à maîtriser, comme la peur des orages, car souvent contournée (je cherche un abri). Certaines apparaissent, comme la peur de chuter à grande vitesse depuis que ça m’est arrivé en Australie, puis disparaissent. Finalement, les mauvaises aventures se réalisent toujours que là où et lorsqu’on ne les attend pas, lorsqu’on est en confiance. Moi, le lendemain matin de ces campings seul, j’étais toujours là. La lumière du jour rassure, et on repart plus fort. Bien entendu il y a une part de rationnel dans chaque peur, il s’agit de mesurer les dangers qu’on pense affronter, et de s’y préparer, à la mesure de chacun. Il faut être raisonnable : lorsqu’aucune ville n’est annoncée avant 100 km dans le désert, la priorité est de touver 5L d’eau, toujours avoir de quoi faire un repas dans les sacoches, chercher un abri bien avant la nuit, filer lorsqu’une rencontre ne nous inspire pas confiance, éviter les points hauts lorsqu’un orage menace, ne pas camper au pied d’une forte pente caillouteuse, camper hors de vue de la route, ou sinon demander aux locaux ( il n’y a rien de plus rassurant qu’un camping lorsqu’on se sent accepté par le voisin, rien de plus angoissant qu’un camping près d’habitations sachant qu’il y a des habitants auprès desquels on ne s’est pas déclaré ).

Loin des peurs, il y a eu ces moments où la solitude s’est transformée en pure magie, en instants d’une forme de pur bonheur, où j’étais heureux d’être seul, où je me sentais puissant d’avoir atteint ce point par moi même, d’être au milieu de nulle part : sur ma route dans le désert sans aucune vie autour, sur ma piste de montagne, sous la pluie, lorsque je montais le plus haut col du Maroc. J’ai goûté à l’ivresse de la solitude, celle qui fait peur avant de se lancer, et j’en redemande, pour mes prochains voyages. Paradoxalement c’est à ces moments que j’ai eu envie de prendre beaucoup de photos : pour le partager, une fois terminé. A méditer …

Enfin, seul, il y a la pure liberté de toutes les décisions. C’est parfois pesant car TOUT est décision, et il peut être reposant de se laisser entrainer par son partenaire, mais d’une manière générale, il est agréable d’être en phase avec soi même. Les décisions permanentes étant : quelle route prendre (voir article “ma carte, mon doudou”), et où s’arrêter ce soir. Pourquoi là plutôt qu’ici ? Pourquoi ici plutôt que là bas ? Partout est un spot potentiel, chaque habitation, chaque mètre carré de paysage. Il faut pourtant décider, se lancer. Et garder toujours la même idée en tête : le pire étant de ne prendre aucune décision. Ca me semble un bon exercice de vie ? Exercice qui peut être plus difficile à deux, car on a à coeur de ne pas déplaire à son/ses partenaires, ce qui amène parfois à prendre une décision tardive et “par défaut”, moins risquée et plus “banale”. C’est en écrivant cela que je me rends compte pourquoi il est si reposant (paradoxalement), si enivrant de rouler, où de se laisser transporter (bus, train) : pas de décision à prendre, il s’agit de poursuivre simplement la route qu’on a déjà décidée. Bref, lorsqu’on voyage seul, on fait vraiment le voyage de toutes ses envies, vraiment en phase avec soi même, et c’est dans les décisions seul parmi une infinité de choix qu’on se découvre mieux qu’à deux.

Finalement, un nouveau voyage à vélo n’est pas une redite d’un précédent. Il y a une progression, c’est à dire qu’il y a des choses qu’on sait faire, des sentiments et des situations qu’on maîtrise, et qui permettent de se concentrer sur des nouveautés qui nous étaient jusque là cachées, et, bien sûr, sur les nouvelles cultures et pays. Et l’on grandit ainsi. J’ai pu ainsi moins me focaliser sur le sport, sur la journée type, sur le fait d’être un curieux pays étranger pour les locaux, pour m’observer, m’écouter moi même, et tenter de nouvelles aventures. Je souhaite maintenant plus observer les relations humaines, les locaux, mes rencontres, ce qu’il font, qui ils sont, comment ils gagnent leur vie, quelle est leur vie et ce que je peux apprendre d’eux. J’aimerais petit à petit construire une vision d’ensemble, une vision du monde et de ses habitants, ce que je regrette ne pas avoir assez fait en 2012, car TOUT était alors découverte, depuis le voyage à 4 jusqu’au voyage à deux. Je commence maintenant à approfondir. En conclusion du précédent voyage, j’ai dû parler de la vie du cyclo-voyageur, de mes crampes, des chiens qui me poursuivaient, des paysages, du rythme qui s’installe, du retour chez nous, de la communication avec les gens, et j’ai dû les décrire assez brièvement. Je voudrais maintenant parler des gens que j’ai rencontrés.

Et finalement, j’ai rencontré qui ?

Lorsqu’on voyage à vélo, on fait un voyage rural. On visite la campagne et les villages. Les grandes villes sont des points de repos. J’ai donc rencontré beaucoup d’agriculteurs, des gens qui possèdent et travaillent des terres et qui s’occupent de bêtes, que ce soit en France, en Espagne ou au Maroc. Mais c’est bien au Maroc que j’ai trouvé la campagne la plus vivante, et la plus accueillante…

… TO BE CONTINUED – Prochain article