France > Maroc 2014

2 mois, 4000 km, partant de chez moi, pour aller découvrir le Maroc, en passant par l'Espagne.

Maroc – Tous bilingues !

SEPTEMBRE 2014

wow, quelle semaine dans les montagnes ! Que d’images dans ma tête. Je suis assez reposé, j’ai hate de reprendre la route et d’y retourner !

C’est après avoir écrit mon dernier post, à Richd, que j’ai commencé à plonger dans les montagnes. J’ai quitté la route nationale, déjà très belle, pleine de surprises, de thés et d’hospitalités, pour une route secondaire de 100 km qui monte très progressivement. Léger vent de face pour la majeure partie, ce qui a rendu la chose moins agréable. Mais mieux vaut un vent de face dans les montagnes que sur du plat. Car le vent de face si ca monte, c’est pas trop grave, le plus difficile étant de lutter contre la gravité. Si ca descend, tant mieux ca évite d’utiliser les freins. Sur du plat, sur une route bien droite et dégagée à perte de vue, voilà où le vent, même de faible intensité, est un enfer. Je pense, que j’ai un peu gagné en expérience et ai eu le moral moins attaqué par le vent de face, depuis ce voyage. Un autre jour, j’ai eu la sagesse de dire Stop pour la journée, à un moment ou le vent tournait, c’était avant les montagnes ca, le soir ou j’ai dormi pres d’une station d’essence. Bref, tout ca c’est dans la tete, c’est sur, et pour moi qui aime rouler et avancer, tout simplement, le vent est une vraie épreuve. Et non, pas plus dur tout seul que quand on était deux, pareil. Mmmh, je commence à avoir mes idées sur le voyage, à deux, tout seul, mais j’en ferai part dans un prochain post, de conclusion…

Donc, il y a eu ces 100km sur route secondaire encore goudronnée, avec hospitalité le soir dans la première maison venue en fait. J’ai demandé “bonjour, vous savez pas si il y a un coin ou je pourrais poser ma tente, si possible avec un toit ?”, le monsieur me répond “allez, ce soir tu es mon invité”. Bonjour à toute la famille, petit tour du village, de ses plantations,  tajine poulet préparé par sa femme et sa fille mais sans le manger avec elles, petite douche. Une bonne nuit dans son salon, un petit déjeuner et c’est reparti.

Le lendemain soir, et après avoir été invité à midi aussi, je dois refuser deux invitations parceque j’ai vraiment envie de gouter à une nuit seul dans la nature. Je me place dans les champs à la sortie d’un village. Seul ? Pas tout à fait ! Un jeune qui m’avait indiqué un bon endroit ou dormir près des champs et des irrigations vient me porter compagnie un bout de soirée près de mon bivouac. Je lui joue de la guitare, et nous partageons mon mélange de couscous/soupe en sachet. Et je suis très heureux d’avoir pu inviter moi un marocain à partager mon repas.

Le lendemain, je termine cette route, je suis à 2200 m d’altitude, puis m’attendent 50 km de piste. Ce pur bonheur solitaire dans les montagnes ou peu de voitures passent. Je passe le midi dans une auberge perdue dans la montagne. C’est un jeune de mon age qui la tient. Il me prépare une omelette berbere, et fait cuire le pain autour d’une pierre chauffée par un feu. Je repars sur ma piste, je monte, la pluie arrive tranquillement, quelques coups de tonnerre par ci par là, je croise quelques rares bergers berberes, je croise des chevaux, et même des chameaux. Mais quel bonheur, là haut, sous la petite pluie, à 6kmh sur ma piste qui fait trembler mon vélo, mes sacoches, ma guitare et mes fesses, à monter lentement, redescendre un peu, et remonter. Mon plus beau jour de voyage. Je suis seul, et je me sens tellement bien. J’arrive au col à 2900 m. C ‘est parait il le plus haut col d’Afrique. Allez hop, je me suis tapé le plus haut d’Afrique, ca c ‘est fait ! Enfin, mis à part la piste, j’en ai plus chié dans le col de la Pierre St martin à 10% de moyenne dans les pyrénées. Mais ici, on a l’impression de faire un trek quand on monte un col ! Voir donc la plupart des photos qui correspondent à cette montée, j’ai mitraillé ce jour là.

PUis il y a eu la re descente, toujours sur piste, avec de nouveaux magnifiques paysages. Puis je suis tombé sur une autre auberge un peu perdue, je m’y suis payé une nuit. Seul client évidemment, nous sommes toujours en saison basse ici au maroc, avec mon hôte Said. Je l’ai déjà dit, je le redis, pouvoir parler la meme langue avec mes amis marocains transforme le voyage. Ca donne vraiment l’impression que le Maroc est un bout de la france, et vice et versa, mes amis marocains sont les bienvenus chez nous, pour vivre, travailler, ou faire du tourisme (plus rare le marocain qui vient passer ses vacances en france …). Merde, les mecs ils sont bilingues et ils s’en rendent pas compte ! tous, tous bilingues ! Et attends, les berberes ils sont trilingues, puisqu’ils parlent tous berbere, arabe, et francais. Je les remercie encore tous d’avoir appris ma langue. Beaucoup, mais pas tous ! Et d’ailleurs on se rend bien compte que les jeunes parlent moins. Normal, on a diminué le nombre de cours en francais à l’école. Maintenant les cours sont en arabe et le francais est une matiere comme les autres. Bah ca se comprend, ca leur servait à quoi de faire les cours en francais, finalement ? Du coup ca facilite quand meme le tourisme des francais. Donc, les jeunes, ils parlent souvent  anglais. Ca me surprend pas mal quand je dis qq mots en francais à un jeune et il me dit qu il ne parle que anglais. J’ai toujours l’habitude que les gens parlent au moins quelques mots de francais. Bref, au fil des générations le Francais va se perdre au profit de l’anglais, et ca me semble un peu normal finalement je leur en veux pas. J’espere en revanche que le tourisme des francais sera toujours et encore plus actif ! Moi j y retournerai au maroc en tout cas ! Vite tant que tout le monde parle bien francais !

Revenons à notre montagne, j’ai passé la nuit seul dans une auberge, et on a refait le monde avec mon hote Said.

Le lendemain, j’entre dans la region touristique des gorges du dades. Heureusement on est encore en saison basse, pas trop de tourisme. Mais on en prend plein les yeux dans ces gorges, je vous laisse voir les photos.

Plutôt que de terminer la route secondaire des gorges (j’ai retrouvé le bitume depuis le temps), qui plonge sur la route nationale, je décide, oui oui, moi meme, tout seul, de mon propre chef, par ma propre volonté, de prendre une petite route parallele en PISTE ! Ooooh, je change ? Je commence à aimer ca la piste ? je commence à comprendre les vttistes ? En tout cas, rien à voir avec du vtt, avec nos vélos de cyclotouristes chargés comme des mules, tout rigides et sans suspensions. Un calvaire agréable. Mais avant de me lancer dans 15 km, il me faut me ravitailler en eau. “Toc toc”,à la premiere porte trouvée du village dans les gorges, “vous me rempliriez mes bidons d’eau s’il vous plait ?”. “Oui bien sûr, entre prendre un thé”. Et on boit le thé, on mange du pain qu’on trempe dans l’huile d’olive, on mange un peu de leur production de figues. “Si tu veux tu peux rester dormir chez nous, tu as besoin de repos !”. La premiere fois j’ai dit non, moi j’étais sur ma lancée sur ma piste et tout, et il était 16h. Mais j’avais fait cependant mon quota de 80km journaliers déjà, etpuis, chez eux, les femmes et les enfants sont autour de la table à prendre le thé avec nous. J’aime bien ca. C’est pas chacun dans son coin, les hommes et les femmes de l’autre. Et puis un peu de repos me fera du bien. La deuxieme fois qu’ils me proposent je dis oui ! “Je peux prendre une douche alors si je reste chez vous ?” La vérité c’est que mes pieds puent un peu et il faut enlever les chaussures quand on s’assoit sur les tapis.

Excellente hospitalité donc, nous avons pris le temps de visiter leurs cultures de mais, figues, j’ai aidé à ramasser les figues, on a passé du bon temps.

Le lendemain, je m’attaque à cette fameuse piste qui mene à la “vallée des roses”. Intriguant non ? Et heureusement que je ne l’ai pas faite la veille, je mets 1h40 à faire les 14km de piste ! A nouveau partagé entre la plénitude de la solitude et du silence de ces grands espaces (dernieres photos de la galerie), et l’enfer de la piste très mauvaise, qui empeche tout repos mental, qui demande une attention constante pour éviter les cailloux, freiner, rétablir son équilibre etc… Enfin comme prévu, c’est sans regret.

Je retrouve alors la nationale. Puis je trace. Je trace. Le plat sans vent, c’est mon truc. 25, 30, 35kmh, j’écrase les pédales, je suis en forme, et j’avais tres tres envie d’arriver à Ouarzazate ce jour là, bien que j’aurais pu largement me poser avant. 7h de vélo donc, 150 km sur la nationale dans le désert (avec beaucoup de villes étapes pour les pauses et le mental), et j’ai meme le vent de quelques degrés dans la face. J’arrive épuisé, mais je suis arrivé, j’ai le droit à un modeste hotel, deux jours de glande, pour attendre mes amis photographes avec qui nous allons aller à Marrakech. J’ai passé les 3000 km.