France > Maroc 2014

2 mois, 4000 km, partant de chez moi, pour aller découvrir le Maroc, en passant par l'Espagne.

Bilan - J’ai rencontré qui ?

OCTOBRE 2014

Et finalement, j’ai rencontré qui ?

Lorsqu’on voyage à vélo, on fait un voyage rural. On visite la campagne et les villages. Les grandes villes sont des points de repos. J’ai donc rencontré beaucoup d’agriculteurs, des gens qui possèdent et travaillent des terres et élèvent des bêtes, que ce soit en France, en Espagne ou au Maroc. Mais c’est bien au Maroc que j’ai trouvé la campagne la plus vivante, et la plus accueillante. En France et en Espagne, les agriculteurs vivent regroupés dans les villages, et pas forcément près de leur exploitation, ce qui rend les campagnes plutôt vides d’hommes. C’est en Espagne que j’ai trouvé la campagne la moins peuplée et la moins vivante, avec des petites villes resserées (pour créer de l’ombre) plutôt que des villages, et entre, de grands espaces. Autrement dit pour le voyageur que je suis : peu d’occasion de trouver une petite ferme en bois accueillante et des locaux dehors que je pourrais aborder. Notre jolie France a une campagne plus charmante, plus accueillante, des villages plus typiques, mais moins de beaux et grands espaces dégagés qu’en Espagne, donc plus monotone à parcourir et à camper. Le Maroc possède les deux : une campagne vivante, des paysages magnifiques, des grands espaces, de la vie sur la route, et une véritable culture d’accueil.

Bien entendu je ne découvre rien, toutes ces choses doivent être écrites dans les livres de géographie, mais mes amis, il est bien différent de le vivre, de se l’approprier.

Alors, pendant ces jours de vélo, ces jourées à 90km, j’ai rencontré qui, j’ai dormi chez qui ? Et c’étaient qui ?

En France, j’ai dormi dans la grange d’agriculteurs qui travaillent dans les champs du lever au coucher du jour, sur leurs tracteurs, ou à la traite des vaches. J’ai rencontré des villageois en plein concours de pétanque, et un monsieur qui rebâtissait la maison de son père. J’ai croisé la route de dizaines de randonneurs qui s’étaient donné le défi d’aller à Compostelle à pied. J’ai sympathisé avec les gérants d’un chalet d’altitude et y ai donné un petit concert pour les randonneurs du soir. Enfin : les rencontres en voyage peuvent se faire aussi de l’intérieur puisque j’ai aussi pu connaître mieux Frangin en vivant 7 jours de route ensemble.

En Espagne, j’ai vu des plantations d’oliviers à perte de vue, j’ai été invité une fois chez leurs exploitants Antonio et Carlos (qui logeaient en ville). Ils ont travaillé en Allemagne puis sont revenus s’installer au pays. J’ai vu beaucoup de maisons abandonnées, beaucoup de panneaux “se vende”, et des quartiers entiers désertés à l’approche ou la sortie des villes.

Au maroc, j’ai été invité presque tous les soirs dans le foyer de familles. Tous exploitaient un bout de terre et des bêtes. Mon premier soir dans le pays, j’étais invité chez Driss et sa famille de cinq enfants. Cette famille vit de cultures, menthe et olives qu’ils vendent au souk le mardi, et ils possèdent quelques vaches et des poulets. C’était une famille souriante, unie qui avait l’air de se contenter de ce qu’elle avait. Driss m’a assuré qu’il était heureux avec ce qu’Allah lui avait donné. Près de Richd j’ai été invité chez Ahmed, qui a quelques champs de blé, et qui travaille dans un magasin en ville pour compléter ses revenus. Comme moi, il s’est levé à 6h le lendemain matin pour aller en ville. Dans les gorges du Dadès j’ai été invité chez Lahssen et sa famille. Aux abords de la rivière qui passe dans les gorges, eux aussi ont leurs carrés de plantations : figues que nous avons ramassées ensemble et qu’ils font ensuite sécher pour revendre au souk, et de l’herbe pour animaux. Son fils aîné de 35 ans Mohammed (est-ce que tous les aînés doivent s’appeler Mohammed dans les familles Musulmanes ??) vit dans ce même foyer, avec sa femme et son bébé. La région étant touristique, lui travaille dans un hôtel de la ville voisine, il prépare les petits déjeuners des touristes. Un midi à attendre que le soleil redescende pour repartir, je l’avais passé à l’ombre du camion de Youness. Il a mon âge et travaille pour une société de BTP. Son camion tombé en panne, il devait attendre toute la journée un réparateur qui venait de Casa. Nous avons rapidement sympathisé et l’Imam du village où nous étions nous avait apporté un thé. Youness a cependant un diplôme de soudeur qu’il aimerait mieux exploiter. Un autre de ces midis, je l’avais passé avec Ahmed qui possède une grande exploition d’oliviers le long de l’oued, j’ai partagé un Tajine avec lui et ses ouvriers qui s’occupaient de la récolte. Beaucoup d’agriculteurs, qu’on parle la même langue ou pas, m’ont fait comprendre que l’été a été difficile car très sec. Et lorsqu’il a plu quand je roulais, j’étais content pour eux. Il y a eu aussi cet autre midi dans le désert ou la meilleure ombre que j’avais pu trouver était sous le pont d’une rivière asséchée. Un berger qui passait par là avec son troupeau, à l’heure la plus chaude de la journée m’avait proposé de le suivre jusqu’au prochain oued qui lui coulait. Nous avons peu parlé mais j’ai pu vivre une partie de son quotidien qui consistait à marcher seul une heure pour emmener boire ses moutons. Logique pour un berger non ? Oui, mais il fallait le vivre pour se l’approprier. Pas simplement le voir, le vivre. C’est pour cela qu’on voyage. Quelle maison possède-t-il  ce vieux berger édenté du désert ? Gagne-t-il assez d’argent pour lui même ? Enfin, tous les jours, sur la route j’ai rencontré des tas de vendeurs qui font tourner leur petit business sous un petit bout de tôle.

Les Marocains de la campagne chez qui je suis allé vivent dans de modestes maisons bâties en terre sèche avec plusieurs pièces, vides de meubles mais parsemées de tapis et coussins. Parfait pour accueillir son prochain. Quand on a peu, quand on vit simplement, et il est plus naturel d’inviter. Ils semblent travailler la journée à un rythme plus tranquille que nous, mais la notion de vacances leur est étrangère. J’ai vu beaucoup de femmes rester à la maison, mais j’en ai aussi beaucoup croisé le matin à pied sur la route, qui se rendaient dans les champs. Certaines ont partagé le repas qu’elles avaient préparé avec moi et les papas, d’autres non. Certaines me parlaient, d’autres se cachaient. La maison était souvent également partagée avec les grands parents, trois générations dans la maison. Pas de retraite au Maroc à moins d’avoir travaillé pour l’état, donc pas de retraite pour les paysans : on construit une maison, on y élève ses enfants qui nous y prendront en charge quand on sera trop vieux. Nous mangions la plupart du temps un tajine au poulet avec du pain, sans couverts. La douche était toujours une salle d’eau avec des seaux. Certains mélangeaient l’eau froide à de l’eau chauffée à la théière pour avoir une douche tiède. Je n’ai pas toujours vu l’eau courante sur les routes du Maroc, même au bord de certaines routes nationales. Dans ces cas là on va chercher l’eau au puits du coin en chargeant un pauvre âne de plusieurs bidons, ou dans leur puits personnel au fond du jardin. L’électricité : je l’ai toujours trouvée. La télévision : toujours.

Je n’ai pas rencontré de gens misérables, pas plus que pendant dix mois de voyage en Eurasie. Je n’ai vu que des gens qui bossent. Tous ont une activité, ça fourmille. Mais pas de retraite quand on est un petit agriculteur indépendant qui vend sa production au souk, ou un petit vendeur, pas de sécurité sociale non plus. Pour les enfants, l’école n’est pas obligatoire. Les enfants peuvent rester travailler avec leurs parents. Rares sont ceux qui ont obtenu le bac en campagne. Et ceux qui font des études, ils sont partis en ville.

Et alors voilà. J’ai rencontré tous ces gens, Français, Espagnols, Marocains. Et ma question est toujours la même, toujours : ces gens sont-ils heureux ? Certains sont-ils plus heureux que d’autres, plus ou moins heureux que dans nos vies de pays riche ? Est-ce que le plus riche est le plus heureux ? Sûrement pas, mais n’allons pas non plus affirmer le contraire. Est-ce que celui qui se sent le plus libre est le plus heureux ? Ou ceux qui ont une famille unie ? Bref, les voyages et rencontres éveillent à ces questions.

Re-voyager ? Voyager seul ?

OCTOBRE 2014

Ce voyage est terminé. “There is a time for experience, there is a time for conclusions”, je chante dans ma dernière chanson. Alors, les conclusions ?

Quelques chiffres, pour commencer :

  • 63 jours de voyage dont 18 sans rouler
  • 3950 km en deux mois, donc une moyenne de 87km les jours où j’ai roulé
  • Minimum : 30 km, maximum 150 km.
  • Altitude maximum atteinte : 2900m. Dénivelée maximum dans une journée : 1500m

Bon.

Ce voyage est passé. Je n’ai pas un fait UN grand voyage à vélo en 2012, j’ai fait DES voyages, et il y en aura d’autres. Je confirme ce que je concluais déjà de retour d’Australie, qu’il est important de repartir régulièrement, comme des breaks de vie. Des petits bouts de vie, plus ou moins longs intercalés dans l’autre vie. Chacun apportera une nouvelle expérience, un angle différent, et de nouvelles conclusions car entre temps on a évolué, et repart fort de l’expérience des voyages précédents. Car oui, l’expérience s’accumule, et permet d’explorer de nouveaux domaines du voyage. Par exemple, cet été, et grâce au voyage 2012, il n’était plus question d’appréhender des questions de matériel, de mécanique, de supporter la chaleur des pays désertiques, de kilomètres journaliers, de la manière dont chercher un lieu où dormir, de communiquer sans connaître la langue. J’étais mûr pour tenter du nouveau : le voyage en solo seul sur plusieurs mois. Plus de compagnon de voyage.

En préparation du voyage 2012, je ne concevais pas de partir seul. Peur de la solitude, peur du danger, de l’inconnu, et peur de n’avoir personne avec qui partager. Alors  ? Ce fut excellent. En fait, ce n’est vraiment pas si différent du voyage à deux, car, essayez de me comprendre, quand on voyage à deux, on est seul à deux face à l’inconnu. Tous les deux on forme une entité seule. Bien qu’on puisse discuter entre nous, devant nous reste toujours l’inconnu, qu’on soit seul ou deux, une galère reste une galère, un spot pourri reste un spot pourri, qu’on soit seul ou deux, il faut trouver des solutions, et prendre des décisions. Finalement les émotions sont les mêmes. En revanche il y a eu des premières fois, notamment mes premiers campings sauvage seul, où j’ai remarqué que les peurs intérieures agissent plus que lorsqu’on est deux. Voilà ce qui était à affronter, seul avec ma tente : peur des orages (toujours), peur d’une mauvaise rencontre, peur des animaux sauvages, ou encore, sur la route peur d’être bloqué dans le désert sans village à 100 km à la ronde. Les peurs restent des peurs, non réelles. A force de ne jamais se réaliser, certaines s’effacent, comme la peur que l’on vole mon vélo dans un village. D’autres restent à maîtriser, comme la peur des orages, car souvent contournée (je cherche un abri). Certaines apparaissent, comme la peur de chuter à grande vitesse depuis que ça m’est arrivé en Australie, puis disparaissent. Finalement, les mauvaises aventures se réalisent toujours que là où et lorsqu’on ne les attend pas, lorsqu’on est en confiance. Moi, le lendemain matin de ces campings seul, j’étais toujours là. La lumière du jour rassure, et on repart plus fort. Bien entendu il y a une part de rationnel dans chaque peur, il s’agit de mesurer les dangers qu’on pense affronter, et de s’y préparer, à la mesure de chacun. Il faut être raisonnable : lorsqu’aucune ville n’est annoncée avant 100 km dans le désert, la priorité est de touver 5L d’eau, toujours avoir de quoi faire un repas dans les sacoches, chercher un abri bien avant la nuit, filer lorsqu’une rencontre ne nous inspire pas confiance, éviter les points hauts lorsqu’un orage menace, ne pas camper au pied d’une forte pente caillouteuse, camper hors de vue de la route, ou sinon demander aux locaux ( il n’y a rien de plus rassurant qu’un camping lorsqu’on se sent accepté par le voisin, rien de plus angoissant qu’un camping près d’habitations sachant qu’il y a des habitants auprès desquels on ne s’est pas déclaré ).

Loin des peurs, il y a eu ces moments où la solitude s’est transformée en pure magie, en instants d’une forme de pur bonheur, où j’étais heureux d’être seul, où je me sentais puissant d’avoir atteint ce point par moi même, d’être au milieu de nulle part : sur ma route dans le désert sans aucune vie autour, sur ma piste de montagne, sous la pluie, lorsque je montais le plus haut col du Maroc. J’ai goûté à l’ivresse de la solitude, celle qui fait peur avant de se lancer, et j’en redemande, pour mes prochains voyages. Paradoxalement c’est à ces moments que j’ai eu envie de prendre beaucoup de photos : pour le partager, une fois terminé. A méditer …

Enfin, seul, il y a la pure liberté de toutes les décisions. C’est parfois pesant car TOUT est décision, et il peut être reposant de se laisser entrainer par son partenaire, mais d’une manière générale, il est agréable d’être en phase avec soi même. Les décisions permanentes étant : quelle route prendre (voir article “ma carte, mon doudou”), et où s’arrêter ce soir. Pourquoi là plutôt qu’ici ? Pourquoi ici plutôt que là bas ? Partout est un spot potentiel, chaque habitation, chaque mètre carré de paysage. Il faut pourtant décider, se lancer. Et garder toujours la même idée en tête : le pire étant de ne prendre aucune décision. Ca me semble un bon exercice de vie ? Exercice qui peut être plus difficile à deux, car on a à coeur de ne pas déplaire à son/ses partenaires, ce qui amène parfois à prendre une décision tardive et “par défaut”, moins risquée et plus “banale”. C’est en écrivant cela que je me rends compte pourquoi il est si reposant (paradoxalement), si enivrant de rouler, où de se laisser transporter (bus, train) : pas de décision à prendre, il s’agit de poursuivre simplement la route qu’on a déjà décidée. Bref, lorsqu’on voyage seul, on fait vraiment le voyage de toutes ses envies, vraiment en phase avec soi même, et c’est dans les décisions seul parmi une infinité de choix qu’on se découvre mieux qu’à deux.

Finalement, un nouveau voyage à vélo n’est pas une redite d’un précédent. Il y a une progression, c’est à dire qu’il y a des choses qu’on sait faire, des sentiments et des situations qu’on maîtrise, et qui permettent de se concentrer sur des nouveautés qui nous étaient jusque là cachées, et, bien sûr, sur les nouvelles cultures et pays. Et l’on grandit ainsi. J’ai pu ainsi moins me focaliser sur le sport, sur la journée type, sur le fait d’être un curieux pays étranger pour les locaux, pour m’observer, m’écouter moi même, et tenter de nouvelles aventures. Je souhaite maintenant plus observer les relations humaines, les locaux, mes rencontres, ce qu’il font, qui ils sont, comment ils gagnent leur vie, quelle est leur vie et ce que je peux apprendre d’eux. J’aimerais petit à petit construire une vision d’ensemble, une vision du monde et de ses habitants, ce que je regrette ne pas avoir assez fait en 2012, car TOUT était alors découverte, depuis le voyage à 4 jusqu’au voyage à deux. Je commence maintenant à approfondir. En conclusion du précédent voyage, j’ai dû parler de la vie du cyclo-voyageur, de mes crampes, des chiens qui me poursuivaient, des paysages, du rythme qui s’installe, du retour chez nous, de la communication avec les gens, et j’ai dû les décrire assez brièvement. Je voudrais maintenant parler des gens que j’ai rencontrés.

Et finalement, j’ai rencontré qui ?

Lorsqu’on voyage à vélo, on fait un voyage rural. On visite la campagne et les villages. Les grandes villes sont des points de repos. J’ai donc rencontré beaucoup d’agriculteurs, des gens qui possèdent et travaillent des terres et qui s’occupent de bêtes, que ce soit en France, en Espagne ou au Maroc. Mais c’est bien au Maroc que j’ai trouvé la campagne la plus vivante, et la plus accueillante…

… TO BE CONTINUED – Prochain article

Maroc – Tous bilingues !

Quelle semaine dans les montagnes ! Que d’images dans ma tête. Je suis assez reposé, j’ai hate de reprendre la route et d’y retourner !

C’est après avoir écrit mon dernier post, à Richd, que j’ai commencé à plonger dans les montagnes. J’ai quitté la route nationale, déjà très belle, pleine de surprises, de thés et d’hospitalités, pour une route secondaire de 100 km qui monte très progressivement ...

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Maroc – Premiers jours

AOÛT 2014

Les photos d’abord, pour donner envie, puis le texte, écrit un peu rapidement ce midi, désolé ! Il est 17h, je repars vers les montagnes !

 

Voilà. Je suis au Maroc. Pierrequirouleaumaroc est arrivé au Maroc, ca sonne pas mal, puis ca rime aussi.

J’étais arrivé, il y a une éternité maintenant, à Grenade. J’y ai passé trois belles journée de repos, en charmante compagnie, avec une autre voyageuse Américaine ;). Trois jours de crampes aussi, qui sont revenues plus fortes que jamais lorsque je m’arrête de rouler. C’est comme si chaque partie de ma cuisse devait se réveiller, m’empécher de marcher pendant 30 mn, puis me laisse repartir. Je suis handicapé pendant 4 jours. Puis nous prenons le bus (quoi ! le bus !) pour Malaga, ou les Feria débutaient. Gros bordel dans toute la ville, et Litres de Vino de Verano, mélange de vin et de soda qui pourrait ressembler à de la Sangria, à 2€. Puis mon américaine est repartie, et me voilà à nouveau seul. Après avoir patienté sur la plage, et dans la ville en jouant de la guitare, j’embarque sur le Ferry Transmediterranea. J’aime me faire transporter en bateau, avec mon vélo dans la cale, pour de nouvelles contrées ! Pas de lit sur ces Ferries, je pose mon matelas et mon sac de couchage dans la salle la plus sombre.

1er jour au Maroc

Après une bonne nuit de sommeil et sans trop avoir été dérangé, je débarque, sur le continent Africain, à Melilla ! Que d’aventures à vivre ici ! Je commencerai par le Maroc. Me voici au Maroc ! Pas tout à fait. Melilla est une enclave espagnole, je parcours un kilomètre pour arriver au poste frontière, ou une foule de Marocains font la queue avec des marchandises à la main. Le bordel à la frontière. Puis, premiers coups de pédale vers le Sud … ça pue, les vieilles voitures des années 70 défilent, les déchets au bord de la route, la circulation sans code de la route; les mobilettes à 3 roues, les gens à dos de mules sur le bord de la route, le bordel, d’autres gens assis au bord de la route à rien faire … je me sens bien ! Je retrouve tout de suite des sensations connues, Turquie, Iran, Ouzbekistan. Je connais ça. Aaaaaaaah je vais me sentir bien ici ! Aaaah ça sent le pays ou il faut se débrouiller, où il y a pas de règles pour ci, pour ça, ou il y a de la vie sur la route, et ou on achete à manger dans des minuscules boutiques et au marché, ou je suis un étranger. En 10 km de route, j’arrive même à brièvement accrocher (Trucksurfer) deux camions lents. Ca va etre bien ici !

De l’argent. Il me faut de l’argent. Je ne connais même pas le nom de la monnaie. Je trouve une banque, je retire 500 Dirams = 50 Euros. Je vais dans un premier café, demande un Coca : 4 Dirams = 40 cts le cocca dans un café. Aaaaah je vais me sentir bien ici ! Les gens donnent envie qu’on leur parle.

Puis je quitte la ville, la côte, la grande route, la puanteur, pour me plonger dans les paysages arides, vers le Sud, et sur une petite route à perte de vue.

Première pause sur la route, je tombe sur Ahmed, qui a un petit bout de maison dans le désert. Il m’invite à manger des figues et un fruit inconnu. Nous allons chercher de l’eau dans son petit puits perso.

L’après midi : des grands paysages désertiques, des grandes routes en pente très légère, peu de voitures, le vent dans le dos. Quel accueil pour cette première journée !

Le soir : je demande à me poser dans le jardin d’un agriculteur, qui me permet de m’installer dans un garage à côté de sa maison. Ils ont des vaches, des brebis, ils font pousser des figues, du thé, qu’ils vendent au marché. Il a 7 enfants dont 5 garçons. Je suis rapidement invité à manger avec la famille, après qu’ils m’aient rassasiés de figues de leur terrain.

Quel accueil au Maroc cette première journée ! Parfaite !

Mercredi 20 Aout

Le lendemain midi, après avoir passé une grande ville, j’ai voulu pousser un peu plus sur la route. La prochaine ville est à 65 km, et sur cette route il n’y a rien. Quelques rares maisonnettes de terre. Mais comment des gens peuvent vivre dans ce rien ? Il fait chaud, il n’y a pas d’eau, le voisin est à 4km. Comment font-ils ? Quelle est leur vie ? Et la chaleur de 11h monte, je dois m’arrêter pour ma pause journalière. Je me dirige vers une de ces petites fermes. Les petites filles appellent leur papa, il ne parle pas un mot de francais mais je lui explique que je cherche de l’ombre pour la pause de midi, il m’invite à prendre un petit thé à l’ombre. Ses deux compères arrivent, dont l’un me regarde avec insistance, il ne m’inspire pas confoance.

La confiance, il ne s’agit que de ça en voyage, surtout seul. Et ça s’attrape au premier coup d’oeil, en deux phrases, en quelques gestes, en un regard, je confierais mon vélo et toutes mes affaires précieuses (CB, passeport et appareil photo en gros), tout ce que j’ai à telle ou telle personne. J’irai dormir chez lui, je le suivrai même si je ne comprends pas ou il m’emmene. Tout ça est si vite jugé. C’est un sens humain, une somme d’attitudes, de non verbal, qui fait que je fais confiance en les gens, ou plutôt que je vais rapidement passer mon chemin. Ca m’est arrivé une fois, en espagne, une pause dans une ville, un jeune type au regard mauvais qui vient vers moi me poser des questions. En une seconde je sais que je ne suis pas en confiance. “Je dois y aller maintenant,, je file, salut !”.

Entendons nous, c’est très, TRES, TRES rare. La plupart du temps, j’ai confiance. Ici je rencontre tellement de Marocains, toute la journée, je leur confierais à tous ma vie.

Pour en revenir à ce midi là, je confierais pas grand chose à ce troisième larron, qui me demande au premier abord si je peux lui donner mon chapeau. Mais j’ai confiance en les deux autres alors je suis rassuré.

Je passerai un bon midi finalement, auprès de ces pauvres bergers du désert. En repartant, le dernier insiste encore pour que je lui file ma chemise ou autre chose. “Allez, je dois y aller, au revoir, salut !” Et hop je suis déjà sur la route. Je suis reparti un peu trop tôt d’ailleurs, le soleil tape (16h), et je refais une pause au prochain coin d’ombre trouvé, à 3 km de là.

J’écris, j’écris ! J’ai des choses à dire !! Je continue

J’arrive ce soir là épuisé à Debdou après avoir terminé cette longue route en légère montée. J’ai pas dû assez manger à midi. Dans ces moments difficiles de route, une idée me fait pédaler, un unique but, précis : un coca bien frais. Comme le Capitaine Haddock au milieu du désert qui reve d’une bouteille de whisky, moi je pense à mon Coca. Et je l’ai bien eu, je me suis posé au premier café rencontré dans la ville de Debdou. En quelques conversations au café, je suis invité à passer à la nuit chez Mustafa.

Mustafa, Youssef, Mohammed, Karim … pas si variés les prénoms Marocains. Peut être que c’est parcequ’on qu’on connait déjà tous un Mustafa, Mohammed, un Youssef etc… chez nous, les Marocains sont nos amis. Disons que je n’ai pas encore rencontré ici un prénom que je n’avais jamais entendu. Bon quand même Mohammed, j’ai l’impression que dans une fratrie, il y a TOUJOURS, TOUJOURS un Mohammed. Un peu comme si on avait tous un “Jesus” chez nous, non ?

Jeudi 21 Août

Le matin, en montant un petit col, je tombe sur Ibrahim, un petit gosse qui monte le col, lui aussi. On termine ensemble et on prend une pause là haut. Je partage mes cacahuetes. Il m’emmène là ou je ne serais pas allé : il y a une espéce de manifestation, des tentes partout dans le désert, et des mecs à cheval en habits traditionnel (photos).

Puis je me lance, sur cette route, ces 150 km sans ville, qu’on m’a déconseillé dans la ville précédente car il n’y avait rien, que le plat à perte de vue. Je me lance. Le vent du Sud du soir dans le dos, quelle chance ! Quel bonheur. Lasensation de solitude est unique. Si tout se passe bien, et tout s”est bien passé, c’est en fait un pur bonheur solitaire. La peur que qqch se passe mal : un accident au milieu de rien, un fort vent de face, un problème technique, rend la chose excitante. Mais rapidement, et comme je n’avais pas de vent de face, j’ai pris confiance sur cette belle route.

Je dors seul dans le désert, et termine la route le lendemain matin. Cette route se termine sur les magistrales montagnes de l’Atlas.

Je rattrape alors une longue route plus fréquentée beaucoup moins intéressante. Tout de même : je passe la pause de midi sous un pont de ma route sous lequel passe une rivière, à sec. Je rencontre alors un vieux berger (Photo) qui y fait passer ses moutons. Il va les faire boire dans le Oued pas loin d’ici. Je laisse mon vélo sous le pont, je le suis. Je partage alors un bout de sa marche probablement quotidienne vers la rivière. Pas un mot de Français, alors on parle peu. On marche tous les deux, sous le soleil de midi, il m’explique des choses en gestes, ca a l’air de parler de sécheresse. Il pousse ses cris de berger. Et on marche tous les deux. Je ne vois déjà plus mon vélo, je ne vois toujours pas la rivière. Après 40mn de marche (je m’attendais à 5 mn au départ), assoiffé, cramé, la rivière est là, au milieu du désert ! Je me baigne, et lui fait boire ses chèvres. Je retourne ensuite auprès de mon vélo manger et boire. Belle rencontre inattendue, encore une fois.

Ce soir là, le vent du Sud n’est plus avec moi, je roule 30 km contre le vent, j’ai le moral à zéro, je vois un panneau “gite touristique” en entran dans la ville dans laquelle j’arrive, je le suis sans me poser de questions.

J’y suis très bien accueilli, vraiment. Pas comme un client, mais comme un invité, meme si je paye (15 euros…). Les propriétaires de ce BnB sont sincères, pas pervertis par le tourisme. C’est chouette, et le soir on me sert un copieux Tajine.

Le Francais. C’est étrange d être un étranger dans un pays dont la langue “officielle” est le Francais. La plupart des gens parlent le Français, surtout les adultes en fait. C’est moi l’étranger, et c’est EUX qui font l’effort de parler ma langue ! Merci à eux, et ca rend le voyage bien plus facile et agréable. Ca doit faire pareil d etre anglophone finalement.

Voilà, enfin, il y a eu hier, ou j’ai poursuivi cette longue route vers le Sud, et ou j’ai passé le midi à l’ombre du camion en panne de Youssef, c’était tres sympa, et j’ai dormi hier soir près d’une station d’essence. Il y a aussi toutes ces petites pauses dans les villages ou je suis souvent spontanément invité à boire un thé. Ce midi; enfin, j’arrive au coeur de l’Atlas. Me voici arrivé ce midi à Richd, après 6 jours de route, et tellement de belles choses vécues ! Je crois que j’ai terminé la partie “désert” de cette session Marocaine, pour entrer dans la partie Montagnes !

Espagne – Ma carte, mon doudou

AOÛT 2014

Grenade. J’ai traverse l’espagne du Nord au Sud !

Mon niveau d’espagnol est passe de “neant” a “survie”. J’ai adapte mon quotidien a la chaleur, j’ai vu des paysages magnifiques, j’ai fait – quelques – belles rencontres. J’ai roule 2107 km d’Orleans a Grenade en 4 semaines.

Je, J’ai, Je suis, J’ai … bah oui, plus de nous, je suis seul. Une petite bulle de moi s est formee autour de moi, mon petit monde a moi. Dans ma bulle il y a ba moi deja, et mon velo, et mon telephone, la guitare, la sacoche avant droite qui contient la bouffe et la popote, la gauche, l arriere droite, et l arriere gauche. Il y a ma tente et voila. Et surtout, toujours sous mes yeux, premier objet sorti une fois arrete, mon doudou en fait: c’est ma carte. Elle me rassure, je l’aime et je la connais par coeur, je connais chaque centimetre des routes que j’ai traversees. Je dois passer deux heures par jour les yeux dans mes cartes, a lire ce que j’ai fait, le comparer a la realite, lire la suite, choisir le chemin, deviner la realite qui se cache derriere chaque route. Ma carte, mon doudou. Chaque element est important, une altitude, une ville, une riviere, un lac. La route suit une riviere ? C’est bon signe ! Ca va etre beau et tranquille. La route coupe une riviere ? Ca va monter ! Pas de ville pendant 35 km : j ai interet a remplir mes deux bouteilles d’eau. Un lac : chouette je pourrai me baigner. Parfois elle me ment, elle annonce une ville en fait engloutie sous les eaux du lac, ou une belle route quand les locaux m assurent qu’elle est abandonnee depuis 15 ans. C’est les aleas du voyage ca.

Donc voila, lorsque j’arrive dans un petit village de campagne espagnol, que j’entre dans le seul bar d’habitues de la place centrale, que le barman me sert mon coca sans un sourire, et alors que les quatre clients du village me regardent de coin (peut etre aussi que je pue la transpi), moi je sors : ma carte, mon doudou. Je bois mon coup, je demande “quanto questa ?”, je paye, je repars.

Le contact avec nos cousins espagnols n’a pas ete evident, dans les villages et dans les villes. Il leur manque un peu de curiosite quand meme, mais je mets ca surtout sur ma mauvaise maitrise de la langue (ne pas compter sur l’anglais chez les espagnols). J’ai tout de meme enrichi mon vocabulaire en ecoutant les gens et grace aux panneaux routiers, pour le reste je tente le mot en Francais en roulant les “r” et en ajoutant “a” a la fin. Il m est difficile de demarrer une conversation, encore plus difficile de l entretenir. “Mucho Calor Hoy !” voila comment on pourrait commencer. Puis souvent on me demande “De Donde es ?” – “Franzes ! Soy Franzes, voy Granada !” que je reponds. Puis tres souvent, on me dit un truc du genre “Oulalaaa, tu vas a Grenade,? Mais il fait tres tres chaud la bas !!”, alors qu on creve deja de Chaud !

Quand j’etais a Paris, on m a dit que j aurais chaud en dordogne, quand j etais dans les pyrenees on m a dit q u il ferait chaud en espagne, et partout en espagne on m a dit que j aurai tres chaud au centre, puis au centre on m a dit que je creverai de chaud a grenade. Et maintenant je dis que je vais au Maroc ! Bon, la chaleur ca se supporte, ca va, et le soir il fait toujours frais. Il ne s’agit que d adapter les horaires : leve 5h45. Depart 6h30. Rouler en deux ou trois sessions. STOP a 11h30, ou une montee sans ombre est devenue insupportable. Pause dejeuner, sieste evidemment. Puis a 17h, le soleil tape encore severevement, je mets la creme solaire, les lunettes et je repars. Fin vers 20h. J ai roule ainsi 5 a 6 heures par jours, 70 a 110 km.

Bref ! Pour en revenir aux espagnols, il y a donc eu des journees plutôt vides de conversations, et beaucoup de campings seul : au bord des lacs, au bord des rivieres, dans les champs, dans un camping, et avec toujours l’assurance d’une nuit sans pluie et sans orage. Mais des belles rencontres, il y en a eu !

Une jouree, pour changer des champs a perte de vue, je fais un petit detour par le lac Ruidera, qui est en plus classe parc national. Il y a enormement d espagnols qui viennent s y baigner et faire du camping. Lors de ma pause de midi je fais peu de rencontres, mais j’observe un peu tout le monde et j’apprecie la baignade et la sieste. 17h, je repars et longe la serie de lac par une petite piste. Je suis seul, into the wild (photo du velo dans un chemin), loin de l’agitation du centre touristique. Apres 15 km dans les pistes et les cailloux, je parviens au dernier lac, le spot parfait, magnifique, avec une petite plage et l eau transparente. Quelques groupes sont venus y installer leurs tables de campings ! Je pense qu’ils partiront a la tombee de la nuit et je serai tranquille. Tiens ? pour la premiere fois, je me surprends a souhaiter etre seul, tranquille, avec ce lac et la nature pour moi tout seul. Partez les gens ! Laissez moi seul avec la nature, a ecouter le bruit du vent dans les arbres et observer le coucher de soleil sur le lac. Est ce que je commence a bien m immerger dans la solitude ? Le soleil tombe et les groupes partent uns par uns. Et la peut commencer la technique du pauvre voyageur qui va dormir la ou les gens ont grassement pique nique. Je demande timidement aux gens a cote de moi s ils peuvent me laisser un peu d eau, puis on m apporte des litres d eau, une deux canettes de Fanta, du pain, des chips, des mures, du jambon de pays etc … Je me sens riche de bouffe ! Je sors la guitare. Je n ai pas joue une note qu’un groupe d enfant s approche ! Alors je leur joue quelques morceaux. Les mamans me rejoignent. La magie de la guitare a encore opere ! Je leur raconte un peu le voyage. Puis tout ce monde repart, et la solitude attendue est la, je dors tranquillement pres de mon lac perdu, avec un bon moral !

Une autre : pour mon dernier soir de velo en espagne : 19h00, je me pose dans un petit bar, je demande un “Vin d’ete”, melange rafraichissant de vin et de limonade qui pourrait ressembler a de la Sangria. Antonio, le barman, parle Francais, et il s interesse a mon voyage. Alors que je pars, il me propose de dormir dans la ferme de son frere, sur ma route 3km plus loin. Excellent ! Je passe ainsi la soiree a visiter la ferme : oliviers a perte de vue (l’andalousie est le pays des oliviers, voir photos), amandiers, tournesols, chevres, chevaux, chats, poules, irrigations, Carlos m’explique tout. Je suis invite plus tard au bar a diner avec eux au bar ou j avais rencontre Antonio. Voila une belle soiree et une belle rencontre ! (photo avec le 4*4).

Des belles rencontres, il y en a eu, donc, au fur et a mesure que je descendais au Sud, et que je m integrais probablement a la culture. Mais des beaux paysages, TOUS les jours ! Et je dirais, plus qu’en France. Il y a des grands espaces en espagne, et peu d’arbres, alors une vue au loin toujours degagee sur ces paysages secs. La France parait ratatinee a cote : une grande densite de villages, et des reliefs plus resserres et vallones. Ces deux semaines de traversee, j’ai finalement alterne les sessions de plat : champs a perte de vue et villages paumes, et les passages dans les parcs : montees/descentes incessantes, petits cols, touristes et beaux villages.  Bien entendu, le vent ne m a pas epargne, mais tantot de face, tantot dans le dos, donc pour l instant c’est juste. Enfin, c’est en Andalousie, et dans le parc de “Sierra Segura” que j en ai pris le plus dans la vue ! Voici donc ci dessous beaucoup de photos pour vous donner un apercu. J ai aussi pris l’habitude de prendre des videos panoramiques en roulant avec mon portable, ce qui donnera une belle compilation a mon retour !

M’y voici donc, a Grenade. NOUS y voici, puisque nous la visitons a deux avec Christine ! (www.8ruecaffarelli.com). Je prends donc 4 jours de bon repos. Nous irons ensuite a Malaga, d’ou je prendrai un Ferry pour Melilla, et le Maroc !

Espagne – La route en solo

AOÛT 2014

J’ecris depuis un cybercafe de Calatayud, encore un peu au Nord de Madrid. Il me faut adapter mon rythme a la chaleur alors je prends des pauses plus longues dans les villes ou je dejeune.

 

Depuis quatre jours ou je suis passe de l autre cote de pyrennees, il fait chaud,  il fait sec, les paysages deviennent arides et les routes sont assez desertes de monde. C’est pas facile tous les jours. Mais qui a dit que ce serait une partie de plaisir ? Le tout est d adapter le rythme, rouler tot le matin et tard l apres midi, je suis en transition.

En tout cas, les routes sont bonnes et larges avec tres souvent une piste cyclable. Il faut dire qu on en croise des cyclistes sur les routes d espagne. Par contre je suis toujours sous la menace d une amende pour non port du casque. J ai deja ete “averti” par un couple de policiers, et j en ai evite un autre qui ne m a pas vu.

Bref, reprenons depuis le debut :

Depuis Cavagnac, j ai donc traverse le Sud de la France, via un bout des landes. J y ai toujours trouve des gens sympatiques et a l accent chantant. J ai bivouaque dans un camping le premier soir, dans une salle des fetes le second, dans un refuge pour randonneurs a Oloron Ste Marie. Puis apres trois jours, enfin, les Pyrenees. Il fallait le Monter, ce col de la Pierre St Martin, et j y suis parvenu dans la journee. Le lendemain matin j ai ete recompense par une belle mer de nuages.

Puis, la descente vers l Espagne. Nouvelle langue, nouvelle culture, et la chaleur qui monte au fur et a mesure que je descends au Sud… Mais tous les jours un decor different (voir photos). Je m assois aux terrasses des cafes des villes que je traverse, pour me familiariser avec le mode de vie des espagnols, leurs coutumes. Petit a petit, et a l aide de mon miniguide, j apprends des mots, des phrases … Pas aussi facile qu en France pour faire la conversation, mais j apprends … Je crois comprendre que les espagnols aiment se retrouver en groupe, sur la place du village, au café du coin, prendre un verre, des tapas, tranquillement. Le matin il y a assez peu d animation. Vers 12h00 ca a l air d etre l heure de l apero/tapas. Puis pas un chat jusqu a 17h/18h…

Il y a deux jours, parti a 6h, j ai traverse le parc de Bardenas Reales, sur 40km de piste (photo), pour arriver dans la petite ville d Arguedas, ou a ma bonne surprise les Feria commencaient ! Je me suis autorise ( disons que je me suis rabbatu, apres avoir tourne dans la ville sans trouver d hote possible) …un petit hotel pour voir les festivites du soir, et le lacher de vaches dans la ville. Sur la photo : cette pauvre vache a fonce droit dans le mur et s est rompu le cou, agonisant ensuite devant le public ebahi …

Je trouve peu d habitations dans la campagne plutot desertique. Tout le monde semble etre dans les petites villes, qui ne s’animent qu a partir de 18h. Du coup, c est assez difficile de sortir ma technique de dormir dans une grange ou un grange en bordure des villages ou dans la campagne. Je ne perds pas espoir, je vais reussir a dormir chez vous, les espagnols !

Je vous laisse la dessus, j ai du faire assez rapide et factuel, je vous ferai profiter de mes reflexions de la route au prochain article, elles sont notees dans mon carnet de toutes facons. Donc profitez surtout des photos. Je repars tout a l heure, toujours vers le Sud !

France – Des “routes blanches” et des églises

Le vendredi 25 Juillet 2014

Première étape : terminée ! Et en une semaine.

Voici donc le récit d’un début de voyage :

Vendredi 18 juillet, depuis Paris, je range dans les 4 sacoches tout le matos réuni dans mon appartement. Je les accroche au Surly Long Haul Trucker et hop là, rien n’a changé depuis 2012, on ne change pas une équipe qui a gagné !

Et voilà, le voyage en solitaire commence, je prends un train à Austerlitz, pour Orléans. Marre de la sortie de la région parisienne, je l’ai déjà faite au moins quatre fois : Paris – Nantes ; Paris-Londres ; Paris Montiers-en-Der ; Paris-Melbourne. J’estime avoir mérité de la sauter en train pour tous mes prochains voyages. Dans le train, les doutes reviennent, et les questions du pourquoi du comment j’en suis arrivé là, tout seul avec le Maroc en ligne de mire. Les réponses viendront en pédalant, et en attendant je dois faire confiance au moi du passé qui a rêvé cette aventure, maintenant qu’elle est présente et réelle. En bref, je me rends bien compte que la nouveauté et le challenge de ce voyage sera de le faire seul face avec moi-même. Je sais que ça va marcher, je l’ai déjà fait – un peu – mais je dois rentrer dedans.

9h, il faut pédaler. Direction Blois par les bords de Loire à vélo, la fameuse EuroVélo 6, très agréable, et on y rencontre évidemment énormément de cyclistes, touristes et voyageurs. La température monte sévèrement, mais j’avance bien et ma sœur m’a promis un bon plat de pâtes à Blois. J’arrive finalement chez elle à midi. J’ai un peu trop poussé pour arriver tôt, le soleil m’a attaqué la tête, comme un petit avertissement : « eh oui mec, c’est bien toi qui as voulu rouler en Espagne et au Maroc en plein été ! »…

Sur la route, j’ai rencontré une marcheuse de Compostelle. Elle a mal aux pieds et qui va vers Blois. Je l’invite chez ma sœur alors que je suis moi-même invité. La magie du voyage opère déjà ! Je retiendrai une phrase d’elle : “En voyage, on vit l’instant présent”. Bon ça a l’air une phrase toute faite un peu stylée mais c’est pas faux en fait, j’y repense souvent.

Le lendemain, je trace rapidement les 60km qui me restent pour atteindre Tours, où mon frère débarque en train à 12h00. Nous avons prévu une semaine de voyage à deux, pour me lancer en douceur dans le voyage en solitaire.

Et effectivement, on est bien rentrés dans le voyage tous les deux. Et un des autres objectifs du voyage est rempli : visiter notre belle France, de l’intérieur ! Nous avons pris les petites routes, les “blanches sur la carte, les minuscules, celles qui passent dans les petits villages typiques, celles qui passent chez les gens qui ne voient pas passer des voyageurs tous les jours et qui sont toujours ravis de converser un peu, et de nous prêter un toit pour la nuit.

Et donc, en voyage à vélo, il y a le jour : on roule, on fait défiler les paysages, les forêts et les reliefs. On prend plaisir à pédaler sur du plat, à se laisser aller dans une descente et on apprécie les montées à la fraiche, à 7h du matin, ou on en chie sous le soleil de 11h. On visite des villages typiques, on y prend une pause sur la place principale ou près de l’église, on achète un pain au chocolat à la boulangerie, et on parle un peu aux villageois curieux. On échange des sourires et on se souhaite des tas de bonnes choses. Le monde des bisounours, quoi ! Oh oui, qu’elle est jolie, la France, et comme ils sont gentils les villageois, et on n’en a vu qu’un tout petit bout ! Loire, centre, Creuse, Limousin, Lot, Dordogne. Une constante : quel que soit le village, quelle que soit sa taille, au centre : une église. Toujours une église. Souvent ouverte. Voilà, la France c’est plein d’églises partout, et il n’est pas difficile de comprendre qu’il fut une époque ou l’Eglise (avec un grand E) était au centre de TOUT, au dessus même de la noblesse. Car oui, il faut le dire il y a énormément de beaux châteaux aussi, mais l’église, elle, est au centre du village, au milieu des gens. Voilà. Alors voilà en photos une belle compilation !

Un de ces jours, nous trouvons sur notre route un autre cyclo-voyageur : Jérémie. Voilà quelqu’un qui visite la France comme il se doit : tapez « la gaule à vélo » sur google, et allez suivre sa page Facebook ! Le mec visite toutes les régions de France sur plusieurs mois, à la découverte des gastronomies locales et au gré des rencontres. Lorsqu’on la trouvé, il était à la recherche d’un moulin local qui presse de l’huile de noix. Nous l’avons suivi et n’avons pas regretté le détour (voir photo) ! La productrice nous en a fait la visite.

Et enfin, en voyage à vélo, il y a le soir, ce moment où l’on cherche un coin pour passer la soirée et la nuit, le moment où la magie du voyage opère et où l’on fait les plus belles rencontres. Premier soir : on nous autorise à nous poser sur l’aire de pique nique du village de Bournan. Christiane, une villageoise nous apportera gentiment un plat de pâtes bien chaudes, et une part de tarte aux prunes ! Deuxième soir : nous sommes acceptés dans un hangar annexe au modeste château du hameau de « Les Pruniers ». Troisième soir pas loin de Saint Auvent: dans une grange à foin, et les fermiers nous apportent du lait de leur production. Quatrième soir au camping municipal de Exideuil, avec Jérémie. Quatrième soir, au bord de la Vézère au niveau de Les Eyzies.

Cinq nuits, et j’ai toujours trouvé le moyen de me laver ; quand on veut, on peut ! Cinq nuits, et pas une seule fois je n’ai déplié ma tente, qui me servait alors d’oreiller-polochon ! Soit nous étions abrités, soit je dormais sans. Je me demande si ce n’est pas un poids mort finalement …

Nous voilà donc arrivés à notre village-étape de Cavagnac, où je prends deux jours de repos, et d’où François repartira demain. Merci à toi de m’avoir accompagné sur ce début de route. François est un excellent compagnon de route, et il a passé son brevet de cyclo-voyageur :

  • 80 km par jours –  OK
  • Demander aux locaux un abri pour le soir – OK
  • Gestion de situations à haut stress – OK (pneu déchiré + chambre a air éclatée, en plein soleil, et pas de pneu de re-change, pas de boutiques ouvertes)
  • Savoir adapter les plans en fonction des rencontres – OK

PS : n’hésite pas à écrire ton petit récit en commentaire de cet article !

Voilà, il reste que moi, mon vélo et ma guitare, et puis le Sud de la France, les Pyrénées, et l’Espagne, et l’inconnu !

Nouveau départ

Mer. 16 Juillet 2014

Le vélo – faut-il que je lui trouve un nom un jour ? – était stocké dans le garage des parents à Conflans depuis deux ans. Avant-hier soir je suis allé le chercher, lui ai ré-installé les 4 sacoches remplies de tout le matériel dont j’aurai besoin. Premiers coups de pédale, jusqu’à la gare du centre-ville (obligé de passer par saint-lazare, interconnexion RER A coupée pour cause de travaux, pour ceux à qui ça parle …).

Puis arrivé à Saint-Lazare, j’ai le centre de Paris à traverser pour rentrer chez moi.

Oh quel bonheur ! Voilà deux ans que je roule en Vélib. J’aime les vélibs et comme ils rendent Paris agréable, mais ici quel bonheur ! Le pédalier coule, le vélo est stable, le système de vitesses est parfaitement règlé : clic depuis mon index, clac dans mes jambes. Les gens me regardent. Je me sens spécial et en confiance à la fois; voyageur. Boulevard Malesherbes : une route déserte (il est 23h), droite, plate, sans vent. L’accélération est douce et continue, et ce pédalier, et ces roulements toujours tellement agréables, du duvet pour un cycliste.

Et ça revient en roulant, les pensées ! Cette voix de conteur qui raconte ma propre histoire dans ma tête pendant que je roule. J’ai envie de vous raconter ce que je vis ! Ba oui, j’ai pas pu m’en empêcher, je fais un voyage de deux mois cet été, seul qui plus est, et j’ai envie de les raconter. Ca vous branche ? Il est temps d’écrire de nouvelles aventures !

Et l’aventure a d’ailleurs un peu continué, puisqu’alors que j’arrivais place de la concorde, le trafic était stoppé, le pont bouché : le feu d’artifice du 14 Juillet démarrait sur la tour eiffel. Je crois qu’un étranger aurait été saisi par la magie du moment. Il n’y avait qu’un Parisien pour se dire “Bah, je l’ai déjà vu l’année dernière, j’ai envie de faire du vélo et rentrer chez moi, poussez vous”. Fin, donc, de cette première étape.

Alors voilà le projet : voyage de deux mois, de Paris au Maroc. Pour voir un peu de chez nous, un peu de chez nos voisins espagnols, et un peu de chez nos copains marocains. Donc cap au Sud. Seul cette fois, pour voir, mais forcément avec une pensée pour Sylvain.