AmériqueduSud2017

Découverte de l'Amérique du Sud 2017

Chili Argentine à vélo - Paso de Sico

Remis des émotions de ma traversée du Sud Lipez, et après quatre jours de repos à San Pedro de Atacama, Chili, la route m'appelait à nouveau pour entamer la dernière partie du Voyage: direction Santiago. Mais en fait, pas directement. Conseillé par les nombreux voyageurs à vélo croisés récemment, j'ai choisi de longer la Cordillère du côté Argentin dont on m'a dit tout le bien, comparé aux interminables routes désertiques si je partais du côté chilien. Il me fallait donc repasser la Cordillère, retourner vers les hauteurs, la solitude et les volcans, partant du désert d'Atacama. 

J'achète des provisions et je pars. Remonter dans la cordillère depuis le côté Chilien, c'est étrange, car ça ne ressemble pas à une montagne. C'est toute la surface de la terre qui prend progressivement 2000 mètres de la hauteur, si bien qu'on a en fait l'impression de rouler sur du plat, mais les jambes savent ça monte quand même sévèrement. La route ne fait pas de lacet puisque la pente est raisonnable : tout droit. Pendant ce premier jour de montée sur une route droite asphaltée, j'observe le ciel progressivement se couvrir de mauvais nuages. J'avais oublié les nuages et la pluie, je les ai laissés au Lac Titicaca il y a un mois. Un couple de cyclistes que je croise me racontent qu'une sorte de tempête se prépare. Bon. Ca m'a plutôt donné envie de me prendre une auberge, dans laquelle je rencontre un autre couple de cyclistes belges, qui me donnent toutes les infos sur les dénivelées, l'état de la route et les points de ravitaillement. C'est le genre de route sans villages pendant 3 jours, où il faut donc être bien renseigné pour la vivre sereinement.
Au petit matin, je repars dans le froid. Je continue l'ascension vers les 4000m. Je monte, sans croiser une seule voiture pendant trois heures. Je me sens très seul. Le ciel est toujours couvert et je me soucie de savoir si je ne suis pas en train de me précipiter vers une tempête de montagne. Il fait aussi anormalement froid, alors que j'ai à peine atteint 3900m. Sur le côté de la route défilent des restes de neige des précipitations de la veille, puis au bout d'un moment, c'est toute la route qui entièrement sous la neige fraiche. Je tente, je persiste, ça n'avance pas. Il fait froid, personne. Est-ce que ça va se dégager après quelques km ? Faut il pousser ? Sur quelle distance ? Faudrait-il que je m'arrête là, que je campe en attendant que le soleil termine de fondre la neige ?

Trop d'inconnues. Je suis seul et je sais que sur cette route isolée mon téléphone ne captera jamais pour donner des nouvelles. La raison, c'est de revenir au village.
Une décision toujours très dure pour un voyageur à vélo : revenir sur ses pas, reculer, renoncer. Quand on démarre une route, c'est pour aller au bout. Mais c'était raisonnable de redescendre d'où je suis parti. Redescendre, contre le vent qui s'est levé entre temps. De retour au chaud à l'auberge, j'apprend par des travailleurs de la route qu'en fait le col est fermé par les autorités qui ont coupé la route plus en bas, car il est sous la neige. Il faut attendre deux jours qu'il doit dégagé. Mais comme mes jambes me démangeaient, j'ai refait le lendemain les 90km de désert vers San Pedro de Atacama, en me promettant de revenir en transport ou en stop.
Et là je me dis merde, et si j'étais parti deux jours plus tôt, aurais-je été coincé dans la neige dans la tempête ? C'est que je prévoyais de camper là haut, moi, riche de mon expérience dans les altitudes du Sud Lipez, mais par beau temps.


L'information : c'est la clé pour voyager sereinement. Si j'avais su que le col était fermé, si j'avais su qu'une tempête se préparait.


Un jour plus tard, j'ai pu revenir à mon point d'arrêt en Stop. Continuer cette route trois jours durant, vent de dos, passer un premier col à 4500m, faire des pauses dans le silence, apprécier les grands espaces des hauteurs, passer la frontière Chili/Argentine, rouler vite sur de bonnes pistes, lentement sur de la mauvaise piste en rageant. Camper, passer un autre col à 4660m, resdescendre à 4000, me poser dans la première grande ville Argentine, San Antonio De Los Cobres, trouver une auberge, et constater les résultats du premier tour des élections.