AmériqueduSud2017

Découverte de l'Amérique du Sud 2017

Bolivie à vélo : traverser le Salar d'Uyuni

 

De Puno à Uyuni - Fin mars 2017

De Puno, je reprends la route seul à nouveau. Depuis la dernière fois que je roulais seul : le terrain s'est applati. Je suis enfin entré sur cet immense plateau du centre de l'amérique du Sud haut d'environ 3700m. Je longe désormais le mythique lac Titicaca. Deux jours de route m'amènent à franchir la frontière et poser mes sacoches dans la reposante ville touristique de Copacabana pour un jour sans rouler.
La Bolivie, enfin, pays de tous mes rêves. Un seul objectif en tête : le Salar d'Uyuni, et les régions désertiques du Sud. Il est temps d'étudier les cartes, les récits de voyageurs, les conseils d'amis; il est temps de tracer une route. Je filerai par la route principale jusqu'à Oruro. De là doit commencer la vraie aventure.

Du plat et légères montées. Du goudron. Du vent de côté, je suis sur la tangeante. Parfois il me pousse, parfois il me ralentit. Je trace sévère. Les cuisses bossent comme il faut, j'écrase les pédales. Trois jours, 360 km, pour arriver à Oruro. Petits hôtels à 4 euros la chambre, déjeuners dans des échoppes de rue, tout va bien.
En partant de Oruro, je démarre une route secondaire pour éviter celle chargée de trafic. Surprise, elle est asphaltée alors que je la pensais être en piste. Je culpabilise d'avoir ces derniers temps beaucoup profité du confort, autant matériel que psychologique des petits hôtels, ce qui m'empêche de vivre l'aventure du soir : la rencontre avec les locaux où le naturel du camping. Cela demande un vrai effort, surtout seul, de se détacher du confort, quand on peut se le permettre. Et à 4 euros la nuit, je peux me le permettre. Pourtant, c'est une partie de l'aventure qui disparaît. Alors, les deux jours suivants, j'ai pu demander à dormir dans une salle vide d'un village, ce qui me permit de mieux rencontrer les locaux. Je poursuis toujours sur cette route qui doit m'emmener sur le Salar d'Uyuni. Depuis les côtes verdoyantes de Titicaca, le paysage se désertifie progressivement. Route plate à nouveau, un vent toujours indécis. Autour de moi : du rien et des lamas.

Les villages que je traverse sont vides et froids, du béton, pas accueillant. Mais j'approche du Salar. Lorsque je réponds aux locaux à leur éternelle première question : "A donde vas ?",  l'on me répond toujours :
"Aaah, el Salar ! Jubia, Mucho Agua !".
Traverser le Salar innondé, je ne serais pas le premier à le faire, j'en ai vu des photos de voyageurs à vélo sous quelques centimètres d'eau dans ce Salar. Mais pour moi ce sera combien : jusqu'aux chevilles ? aux mollets ? aux genoux ? Les trois réponses me sont données selon les locaux à qui je demande. Si l'eau monte aux genoux, comment pourrais-je avancer ?
Salinas Garci de Mendoza, le dernier village. Il me reste 30km de mauvaise piste pour contourner un majestueux volcan qui me sépare du le Salar. Au bout d'une dernière montée, il m'apparaît enfin au loin, une grande étendue blanche à perte de vue. L'émotion me gagne. Je suis complètement excité, mais je dois terminer ma piste pleine de cailloux et j'enrage de devoir descendre si lentement, comme si le Salar allait disparaître !

 

Me voilà face à lui. Plus de piste, du blanc à perte de vue. En fait, le Salar est à sec. Ne jamais écouter les locaux à moins de 10km du lieu sur lequel on pose des questions. Je pousse le vélo dans une vase de sel sous l'eau sur une centaine de mètres, puis petit à petit le sol se durcit jusqu'à ce qu'il devienne roulable. J'enfourche le Surly et je démarre ma traversée.

 

La magie démarre. Le sel craque sous les roues. J'ai l'impression d'être un navigateur, il faut choisir un cap. La route est à deux dimensions, je roule dans le blanc à perte de vue, le paysage est virtuel. Je prends le temps de faire des pauses. Je m'arrête de pédaler, et le silence me saisit. Je m'assois sur le sel, et contemple le vide en mangeant des gâteaux ou des fruits. Moments de solitude exceptionnels, la pureté tout autour.
Le soir, je monte ma tente sur l'une des îles du Salar pour y passer la nuit. Le lendemain, je démarre avant le lever du soleil pour en profiter en roulant.  Il est assez facile de rejoindre des traces de Jeep, qui permettent de rouler plus vite, comme sur une piste de ski dammée. D'ailleurs mon cerveau a vite fait de me donner la sensation de rouler sur de la neige, comme sur de la banquise, à la différence près que lorsqu'on pisse dessus ça ne fond pas. J'avais également inconsciemment l'impression que rouler tôt permettrait de rouler sur une surface dure, qui fondrait en journée sous le soleil, comme lorsqu'on marche en montagne, mais en fait ici c'est le contraire : le sel sèche !
A mon approche de la sortie du Salar vers la ville d'Uyuni, un sentiment de nostalgie s'empare de moi. Le blues. L'impression de sortir d'un rêve, sortir de la pureté et du silence, retrouver la réalité. Le sentiment que l'on a lorsqu'un moment qu'on attendait depuis longtemps se termine et a été à la hauteur de nos attentes.
La dépression : et après ça, je vais faire quoi ? Qu'est-ce qu'on peut faire de mieux ?