AmériqueduSud2017

Découverte de l'Amérique du Sud 2017

Bolivie à vélo : Traversée du Sud Lipez

De Uyuni à San Pedro. Avril 2017

Mais si. Il y avait au moins aussi intense que la traversée du Salar seul. Il y avait le Sud Lipez. Six jours de solitude entre déserts, lacs d'altitude et volcans sans rencontrer de village, sur les pires pistes de Bolivie. La consécration de ma carrière de CycloVoyageur.

 

J'étais prévenu, et j'avais beaucoup étudié cette région les semaines précédentes, entre cartes et récits de voyageurs, jusqu'à ce qu'elle m'apparaisse sans réel risque avec un point de ravitaillement par jour - des refuges touristiques - et des jeeps de tours opérateurs qui passent régulièrement - et me décide fermement à prendre cette route isolée.
L'état des pistes, le vent permanent, l'altitude, le froid, le soleil, rendent le voyage aussi difficile que les paysages sont grandioses. Et la saveur d'un paysage me semble décuplée quand on l'a atteint avec ses propres jambes.


Commençons par la piste : un concentré sur six jours des pires pistes que j'ai jamais empruntées. Il y a la piste sertie de rocs et parsemée de gros cailloux. Au point parfois qu'il est inutile d'essayer de pédaler à 6km/h sur du plat pour se faire agiter pendant des heures, mieux vaut pousser le vélo. Quand les cailloux ont disparu, c'est pour laisser la place à la piste sableuse. Glisser, pédaler. Descendre du vélo. Marcher. Changer de sillon. Remonter, changer à nouveau de sillon. Puis quand la piste devient enfin lisse, je prends plaisir à accélérer un peu ... puis elle ondule. Impossible d'avancer à plus de 8km/h sur du plat, ma vitesse de montée d'un col difficile. Fortes ondulations. Heureusement certains sillons, souvent sur le côté, sont souvent plus praticables. Freiner, descendre, changer de sillon, ré-accelérer. Ma moyenne fut 9 à 10km/h pour 6h de pédalage par jour.

La piste joue sur les nerfs, l'attention doit être constante : éviter un caillou, choisir le meilleur sillon, freiner face à des ondulations, maîtriser un dérapage de la roue arrière. Ceci est supportable, même ludique si la vitesse est bonne. Mais il y a ces chocs répétés qui usent les nerfs : ce caillou inévitable qui fait soulever les sacoches, l'ondulation imprévue qui fait freiner brusquement, la glissade de trop qui manque de me faire tomber, et cette lenteur insoutenable sur du plat, même en descente. Avec le temps, les nerfs sont à vifs, et il m'arrive alors soudainement, plusieurs fois par jour, de crier de toutes mes forces, de jurer tous les diables contre la piste. Puis, personne ne m'ayant entendu au milieu du désert, je reprends la route. Plusieurs fois je me suis pris à penser aux FatBikes en bambou du film de mes collègues de Solidream au Pamir (à regarder), la route doit être tellement agréable ainsi. Moi je pense avoir la largeur minimum de pneus pour ce genre de piste, le 1,95.

En fait, la piste est supportable quand on est prévenu qu'on va être lent et je l'étais. Et la lenteur permet finalement de mieux s'approprier les paysages lunaires. Le vent reste le pire ennemi du CycloVoyageur. Il se lève vers 11h sans jamais changer de direction et se renforce la journée. Gare à toi si tu l'as en face. Le vent rend tout pénible. A la lutte pour gagner chaque mètre. Le pire, je l'ai découvert, est le vacarme permanent qu'il produit dans mes oreilles pendant des heures, comme pour rappeler à chaque instant qu'il est là pour te ralentir. C'est bien le vent fort qui fait passer un environnement de paisible à insécurisant, pensez à vos sorties en montagne: monter le Mont-Blanc par beau temps sans vent, quelle beauté, par un fort vent, et l'on se sent en en danger. 

A partir de 17h30 où j'étais, c'est un vent froid qui me pressait de chercher un abri pour la nuit.

Alors il y a eu les campings. Beaux, mais froids. Il a dû faire moins dix ou vingt degrés la nuit, les bouteilles d'eau transformées en glaçons le matin en témoignaient, et mon duvet n'y semblait pas adapté. Cela m'a fait connaître des nuits courtes, et la joie de voir le jour se lever, pour dormir une heure de plus à une température convenable !

Il y avait aussi l'altitude, qui rend le souffle court dans les montées, et, notamment le premier jour, produit une faiblesse générale de mon corps, qui transforme l'état d'esprit en désespoir.
Quant au soleil enfin, mon fidèle chapeau péruvien et mon tube de crème solaire ont su maîtriser ses dangers.

En fait, ces éléments pris un par uns sont supportables : rouler sur une piste peut être pris comme un jeu et la lenteur permet d'apprécier le paysage, monter un col en altitude rend fier de soi. Il me tenait à cœur de décrire à ma façon les difficultés de cette route que les CycloVoyageurs redoutent - elle m'a donné le temps de penser aux mots - Mais en fait, j'ai pris du plaisir sur la plupart de la route. Et la difficulté n'était évidemment pas tellement physique, on est tellement lents, mais mentale. Mais enfin, il y a quand même eu quelques moments où tout s'accumulait qui ont été difficiles : montée, piste impraticable, faiblesse de l'altitude, vent de face, en fin de journée sans trouver un abri du vent où s'arrêter, qui ont produit en moi des états de désespoir intense. Enfin, une règle semble constante : "après le pire, il arrive toujours du meilleur". Mais sur le moment, on ne sait pas quand. Le vent a pu finir par se calmer. La piste a pu finir par m'autoriser à dépasser les 10km/h. Le soleil a fini par repasser la température au positif. Aussi, malgré ce que je raconte, je ne me suis jamais senti en vrai danger et heureusement. Il faut dire que je n'ai pas trop pris de risques. Ah si, il y a eu ce moment où tout seul au milieu du désert, rouler sur un mauvais caillou a fait violemment entrer ma selle dans mon t.. du c.., où je me suis demandé si je n'allais pas en souffrir longtemps. Je me suis rendu compte à quel point on peut se sentir seul et en danger quand on a un problème de santé, quand on voyage seul.

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Enfin, le tout fut récompensé par des paysages purs. A chaque vallée, un nouveau spectacle, une carte postale, et une vraie sensation de solitude au milieu de tout cela. Mais pas si seul ... de nombreuses Jeep me croisent tous les jours , un guide chauffeur et ses touristes, qui m'encouragèrent souvent, par des mots, de la curiosité, un pouce levé où ceux qui m'ont donné des vivres. Le moral regonflé, je continuais ma route.

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Voilà encore une route qu'il fallait vivre seul. S'arrêter, écouter le silence, observer ces paysages immuables, se sentir seul au monde. La solitude rend les beaux moments plus intenses, si l'on a une âme un peu romantique. A bien d'autres moments de mon voyage, j'aurais voulu être accompagné. Pour casser l'ennui, pour rendre le camping amusant, pour partager, se soutenir, effacer les peurs, pour oser une route difficile et inconnue, oser plus d'aventure, plus de folie, pour rire. Mais ce moment là, bien préparé, était à vivre seul. Tout le monde devrait avoir connu au moins une fois la solitude, se retrouver face à soi-même sans activité humaine autour, camper seul, être livré à soi-même. Juste pour savoir ce que ça fait. Il devrait être obligatoire de voyager seul une fois pendant les études, pour mieux se connaître, ou sinon au moins pour mieux apprécier la compagnie, amis ou partenaire. La solitude rend les expériences plus intenses, mais voyez comme j'apprécie le fait de les savoir partagées ensuite ! Merci pour vos mots et vos encouragements à tous.

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Oh, il faut parler de la fin de cette route. Pour commencer, j'ai rencontré plusieurs couples de collègues CycloVoyageurs en sens inverse, dont j'ai déjà affiché les liens dans la nouvelle section JAICROISELEURROUTE, eux, eux, et aussi eux. Mais arrivé à la fin de la piste : le Chili. Dernière demi-journée de route avant d'atteindre San Pedro de Atacama, la ville touristique qui suit. La route devient alors goudronnée. Passage de 4600m à 2600m. Le tobogan sur 40km. Pas de lacets, une route droite qui descend vers le désert. La descente de ma vie ! Puis quelques jours de repos mérités à San Pedro (PierreQuiRoule termine à San Pedro) pour prendre le temps de partager vidéos et récits, et planifier la suite !

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DEUX VIDEOS BONUS