AmériqueduSud2017

Découverte de l'Amérique du Sud 2017

Perou a vélo. Lima a Cusco

Pour voyager, il faut se donner du temps. Il faut que le voyage ait un passé pour se sentir voyageur. Voilà plus d'un mois que j'ai démarré.

Il m'a semblé qu'à partir de deux mois, on commence à faire un beau voyage, c'est un petit bout de vie. Il faut du temps pour sortir du confort, et se sentir à l'aise nomade. L'entrée en matière fut donc difficile, et le fait de débarquer en avion à l'autre bout de la planète n'aide pas à s'adapter à sa nouvelle vie. La solitude parfois dans mes débuts. Qu'est-ce que je fous là tout seul ? Difficile de monter toute la journée, monter, pluie, soleil, affronter ses peurs, se sentir en danger. Mais des moments d'exaltation qu'on ne peut pas retrouver ailleurs que dans un voyage en autonomie non programmé : retrouver le plaisir d'une douche chaude, décupler l'émotion d'une musique dans une descente, apprécier un vrai, vrai, silence au milieu de nulle part, sentir la chaleur humaine sur une rencontre heureuse de dix minutes, se regonfler d'énergie à la lecture d'un message encourageant de sa copine. Voilà pourquoi on voyage, sans guide, à vélo, pendant des mois. Mais il faut se donner le temps pour vivre cela. Je choisis de me le donner, de temps en temps.

J'ai donc été téléporté à Lima. Après avoir embarqué mon vélo dans son carton dans 5 vols différents, et quelques bus et taxis, et donc appréhendé autant de fois pour qu'il tienne le choc, j'ai fini par l'ouvrir dans une auberge de jeunesse à Lima. Merde, ce truc est décidément solide. Quelques dents du grand plateau, malheureusement tout neuf, ont été limée ... (à Lima).

 

LIMA A HUANCAYO

 

17 février. J'ai décidé de foncer directement dans les montagnes plutôt que de longer la côte, à l'assaut du col à plus de 4800m "Tichlio" qui m'appelle sur la carte. Après tout, je suis là pour ça, en découdre avec les montagnes.

Mais c'est un axe principal, bourré de camions. Comme c'est la saison des pluies, des éboulements récurrents provoquent des embouteillages interminables de camions, que je passe avec mon bandana sur le visage pour respirer le moins possible leurs fumées.

 

Parti du niveau zéro, je mets trois jours à atteindre le col. Le truck-surfing est trop facile sur cette route, pour être honnête avec vous, j'ai dû monter 3500m moi même et le reste accroché à des camions. J'ai voulu démarrer sans forcer.  Mais bon le trucksurfing ça muscle quand même les avant bras !

Le jour suivant, je me décide enfin à tenter un détour par une route secondaire en piste. Il y a 700m à monter. La piste est horrible, cailloux énormes. Par tronçons il est préférable de marcher. Pourtant la pente était raisonnable. Pas une voiture sur cette piste. Difficulté et solitude. Il manquerait plus que la pluie, qui menace de tomber. Il faut avancer tout de même. Arrivé là haut vers les 4300m, le plateau est magnifique et paisible. Je croise des troupeaux de moutons, leurs bergers, et leurs chiens qui me chassent. Je démarre la descente, qui est dans un état plus horrible encore que la montée. Il est 15h, la pluie démarre, très forte, mais j'arrive à un ensemble d'habitations en dur. Un petit village, mais désert d'habitants. Toutes les habitations sont vides mais toutes cadenassées. Trempé et froid, je demande tant bien que mal un toît à deux bonshommes qui passent par là. Je ne comprend pas très bien leur réponse mais ils m'emmènent voir la mama, qui semble me dire froidement de me démerder. Après être resté une heure sous un préhaut et dit "Buenas Tardes" à tous les habitants qui me regardent curieusement mais froidement, expliqué ce que je fais là à quelques-uns plus sympathique, une autre mama m'ouvre une de ces habitations, une chambre avec un lit !
C'est gagné pour l'hospitalité mais pas terrible pour la relation avec les locaux. Un adololescent au regard mauvais me mets mal à l'aise, et on me demande trop souvent combien coûte mon vélo. Je me sens mal accueilli ici. Heureusement deux ou trois personnes sont plus chaleureuses et me rassurent. Solitude, solidude ... Du coup le lendemain, je pars aux premières lueurs sans demander mon reste (5h30). Je continue ma descente infernale. Parfois les pieds dans la boue gluante à tirer le vélo, parfois le porter comme je peux, pour au bout de trois heures rejoindre enfin une piste praticable. Puis le grand village. Puis enfin rejoindre le saint Asphalte !
Mais quel résistance, mon vélo Surly et ses sacoches. Ils ne bronchent jamais dans la merde, et une fois rejointe l'asphalte, couvert de boue, il roule et coule comme à ses premiers jours. Je finis par rejoindre Huancayo.

Première pause de deux jours à Huancayo dans une auberge. Ville sans intérêt. Repos et communication. Session suivante : Ayacucho.

HUANCAYO A AYACUCHO 

 

Traumatisé par ma première expérience en piste, alors que j'avais en tête une 'Amérique du Sud pleine de belles et lisses pistes et du ciel bleu, je me débrouille pour quitter l'axe principal, mais toujours sur des routes asphaltées. J'étudie longuement GoogleEarth pour vérifier l'état des routes.

Ca monte, ça descend, c'est ça la montagne. Ce pays est entièrement en montagne. 2700m, 4100m, descendre à 3500, remonter à 4600 etc ... etc ... Huancayo à Huancavelica. De là un beau détour qui doit m'emmener à 4800m. Plus de problème de piste, la route est belle.

Comme la pluie tombe tous les après midi, j'ai choisi ce rythme : partir quand le jour se lève, donc vers 5h45, pour que vers 14h j'aie pu rouler 6h et faire ma journée. Sans une grande pause du midi comme j'ai eu l'habitude de faire dans mes précédents voyages.

Ce jour-là. Parti de 3600 à Huancavelica, arrivé vers 4000m, plus de forces. Bon. Ça, je connais bien, ça veut dire qu'il faut bouffer. C'est vrai que j'avais peu mangé à 5h, mais j'avais pris des gâteaux durant quelques pauses. Bref, je bouffe. J'attends que ça infuse dans mes muscles. Je reprends la montée, pourtant douce. Rien. Que sont devenues mes énormes cuisses ? Mes deux turbines ne répondent plus. Que se passe-t-il ? Je suis un peu étourdi. Merde, le mal de l’altitude ? Je songe à redescendre. J'attends que ça passe. Je repars un peu, toujours rien dans mes deux moteurs. Peut-être malade ? J'ai mangé quelque chose qui m'a rendu malade et mon corps utiliserait toute son énergie à lutter contre ? Pourtant je bouffe, mais l'énergie n'arrive pas. Péniblement, avec de nombreuses pauses, je me hisse jusqu'au plateau et parviens à un village. Même sur le plat je n'avançais pas. J'y achète des gâteaux et passe une bonne heure à discuter avec des locaux très gentils, accueillants et curieux. Mon espagnol progresse, j'apprends des mots tous les jours, et un livret m'apprend la grammaire. Ma communication est meilleure, et les conversations de moins en moins basiques.
Après une grosse heure, j'ai retrouvé de l'énergie, et au village suivant, je suis invité à participer à une partie de foot. A 4700m d'altitude, bon courage pour rattraper le ballon ! Puis à rester dormir dans une salle de la mairie avec un lit. Belle journée.
Pendant la partie de foot, les mecs machaient des feuilles de Coca. Ils disent que ça aide à bien respirer en altitude. Ni une ni deux je m'en achète un petit paquet !
Le lendemain, je passe le col à 4850m. Mes turbines sont à peu près de retour dans la montée, et je crois que les feuilles de Coca ont aidé. En fait, ça aide à pédaler sans s'en rendre compte. Mais bon, je sens que je ne suis pas à 100%.
Je passe les lacs, je passe une nuit dans un petit hotel. Les hotels sur la routent coûtent moins de 5 euros la nuit. Ca s'appelle "Hospedaje" et pendant mes premiers jours je traduisais cela par "hôpital", mais ça en faisait un peu trop !
Le lendemain, il y a une dernière belle montée de 700m avant d'arriver à Ayacucho. Mais entre temps, je suis redescendu à 2900 mètres. J'enlève le coupe vent, le pantalon, je mets mon short et mon T-Shirt, prêt à en découdre. Je claque une feuille de Coca. L'énergie afflue, les turbines sont à plein rendement. Je suis sur le plateau moyen du vélo, je force mais ne fatigue jamais. Le souffle est facile, j'enchaîne les lacets. La musique dans les écouteurs me stimule. J'ai l'impression d'être un coureur du tour de France ...  Je suis-je dopé ? Oui, je suis dopé, à l'oxygène, à la Coke, à la truite frite (j'en ai mangé un plat la veille, un autre le matin). Complètement dopé le mec, j'ai fait le plein de globules rouges depuis deux semaines !
J'avais donc ma réponse à ma panne de la veille : le manque d'oxygène. Mes cuisses ont besoin de bouffe, ça je le savais, mais aussi d'oxygène dans le sang. Question d'adaptation.

J'arrive à Ayacucho, après une belle saucée de pluie évidemment. Deux jours de repos. Mais cette dernière expérience m'a motivé. J'en veux plus, donnez moi des cols à monter, des centaines de mètres de dénivelées, avec mon vélo chargé de 40kg je vais les bouffer.

PUQUIO A CUSCO

 

Pas envie de prendre l'axe principal. Je choisi un détour par une route en haute altitude sans trop de vallées à descendre et remonter. Asphaltée. Pour m'avancer je charge mon vélo dans un petit camion qui relie les deux villes. 12 heures de route sur les pistes et dans les vallées, parfois assis par terre pour laisser la place aux personnes agées. Cette route m'a donné de beaux paysages. Je suis plus fort maintenant. Je roule plus vite, plus longtemps. Je descends une belle vallée, 150km de 4200 à 1900m d'altitude. Je vois la végétation changer des petites herbes à la végétation tropicale, du froid vers les moustiques. De 1900 il faut remonter à 4000, ça se fait tranquillement, sauf que la pluie menace toujours. Je me jure de ne pas céder à la tentation du TruckSurfing pour tout faire avec mes deux pistons. Le dernier jour, encore un col à 1800m de dénivelée, et 120km avec la motivation d'arriver dans une bonne auberge de jeunesse à Cuzco, exténué après 8h de pédalage dans la journée, du lever du jour au coucher du soleil. Retardé par un petit détour par une piste que j'ai voulu tenter : un nouvel échec, la piste disparait et devient un petit chemin de terre à peine discernable, je pousse encore le vélo. Mais plein de belles petites rencontres lors de mes pauses. Mon espagnol s'enrichit. Les locaux sont tous très sympatiques, et moi je suis de bonne humeur, l'un entraîne toujours l'autre.

Vidéo de ma dernière tentative de prendre une route secondaire :

 

FIN.

Les paysages sont divers, c'est la montagne. J'ai été impressionné de voir la différence qu'il y a entre la vie à plus de 4000m et la vie à moins de 2000m. Les villes et les villages sont tout sauf mignons. Beaucoup de béton, de constructions non finies, de villages fantômes sous la grisaille, des échoppes cachées derrière une petite porte. C'est plus joli que ça la France. Des chiens errants, partout, tout le temps. Soit ils ont un regard de chien battu à mon passage, soit ils me chassent. L'accueil, j'ai vécu mieux, mais depuis Cusco tout le monde est adorable.

J'ai dormi ou ? La moitié du temps dans des "Hospedaje" à 4 Euros, il faut dire que la météo et la boue n'inspirent pas le Camping. Le repas complet chaud coûte entre 1 et 2 euros, alors on se prive pas. Sinon je me suis invité dans des restaurants et quelques bâtiments publics.

J'ai toujours rencontré de la sympathie et de la curiosité "Donde vas ? Do Donde Viene ? De que Pays ?" etc .. etc... Du réconfort à quelques pauses dans des échoppes à discuter tranquillement avec les tenanciers, sécher un peu, lire les news de la campagne présidentielle, repartir, continuer mon col.

J'ai laissé tomber mon réflex pour tenter le Drone. Donc les photos maintenant c'est avec le téléphone, c'est plutôt pour le souvenir. Je prends plus de vidéos. Il y a quelques vidéos supplémentaires à voir sur mon profil Facebook.

N'oubliez pas d'écouter et partager mes composition: https://soundcloud.com/map_composer

ET ma dernière collaboration avec Hearbeats :

https://signofsight.bandcamp.com/releases